La saison des pluies pour les yeux

C’était un jour gris de novembre. La saison des pluies pour les yeux. C’est cliché je sais. Moi aussi j’aurais préféré un mois joyeux comme le mois de juillet. Ça aurait fait une meilleure histoire. Mais ça m’aurait aussi donné une raison parce que juillet me déprime.
Ce jour-là, en marchant pour rentrer chez moi, je me suis mise à pleurer.

 Pleurer sans raison, 

sans pouvoir m’arrêter,

sans savoir pourquoi.

Je ne sais plus vraiment combien de temps j’ai pleuré. Trois, quatre jours peut-être? J’avais un grand vide en moi que même toutes mes larmes n’emplissaient pas. Il grandissait constamment. 

C’était comme un petit univers dans mon ventre.

 Il prenait toute la place et m’empêchait de respirer. Il ne me quittait pas. Il m’obligeait à vider mes yeux et levait le nez sur mes larmes. Alors, je marchais. J’essayais de le fuir. Je partais loin jusqu’à me perdre aussi loin que possible.
Loin.

J’ai tellement pensé à ce mot.

Parfois les larmes m’empêchaient de voir où j’allais. 

Puis un jour, je lui ai foncé dedans. J’ai foncé dans ses yeux. 

Ses grands yeux noirs. 

Ils m’ont avalée. On s’est fixé longtemps. Trop longtemps. Ses doigts ont approché mon visage et essuyé mes joues trempées. Il a sorti un mouchoir de son manteau. La couleur m’a frappé. C’était la couleur exacte de mes yeux quand je pleurais.

– Cette couleur est magnifique. Qu’est-ce que c’est?

– Bleu maïs. Comme tes yeux.

– Bleu maïs? Mais ça ne fait aucun sens.

– Je sais.

Il avait l’air si certain.

Je lui ai demandé de m’en dire plus sur cette couleur. Il m’a dit qu’elle n’existait pas vraiment puisque c’était la couleur d’un moment. Il a alors sorti de son sac un sketchbook qui devait avoir doublé de taille depuis son achat. Il m’a montré ses dessins, ses croquis, ses collages. Entièrement dédiés à cette couleur momentanée. 

Il m’a dit que c’était la couleur d’un arbre aux feuilles jaunes ou d’un champ de maïs en automne devant un ciel azur. C’était la couleur d’une vieille  photographie dont il se rappelait vaguement. C’était la couleur d’un paragraphe de son livre préféré. C’était… il s’était arrêté. Il avait replongé ses yeux dans les miens et dit :

– L’univers, il n’est pas dans ton ventre, il est dans tes yeux. Et toute la tristesse que tu essaies de cacher derrière, je la vois.

          Elle dépasse un peu.

Élise 





Crédit photo: Maya-lee Taquet

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s